• Pendant ce temps-là : brèves remarques autour de la « faillite » de Dexia

    Un cas d’école

    Ce qui était au départ une institution classiquement fordiste (La caisse d’aide à l’équipement des collectivités locales), transformée en Crédit local de France en 87 en vue de sa privatisation de 93, avant que la fusion avec le crédit communal belge et des rachats tout azimuts (en Europe mais aussi aux Etats-Unis) n’en fasse un mastodonte dopé aux prêts toxiques : voilà un « destin » qui résume bien quelques lignes de force de la mutation de l’appareil étatique dans la restructuration.

    Qu’on prenne par exemple le parcours de celui qui fut le patron emblématique de cette banque, Pierre Richard, haut fonctionnaire devenant PDG de la structure dont il avait organisé la privatisation, comme tant de technocrates français ou d’oligarques post-soviétiques, et qui semble avoir gardé de son passage par la haute fonction publique le goût des montages pharaoniques. Mais il n’était pas le seul à être engagé dans la conversion des conglomérats publics en oligopoles continentaux voire mondiaux (EDF, Orange, etc.…) et la braderie qui continue (privatisations en cascade en Grèce, au Portugal, etc..) attise moult boulimies. Le « fordisme étatique » (Robert Boyer)  « à la française » a certes réussi son tournant mais après avoir assouvi ses grossiers appétits, il risque bientôt d’avoir à compter ses acabits.

     

    L’interdettependance

    «  La hausse du franc suisse, c’est un collège en moins pour la Seine st-denis » s’alarme Claude Bartolone, président du conseil général. Il a effectivement hérité de ses prédécesseurs communistes (sic) d’une série de prêts indexés sur le différentiel entre l’euro et un franc suisse qui ne cesse de monter (d’autres étaient indexés sur le yen ou le dollar). Cette hausse est notamment produite par un refuge de capitaux, italiens entre autres, due aux incertitudes actuelles dans la zone euro. Une logique patrimoniale somme toute classique face aux ajustements cosmestiques de la fiscalité des hauts revenus dont on nous rebat les oreilles. Donc  (en schématisant fortement) quand un bourgeois milanais part planquer son fric à Genève, il prive de sortie scolaire les élèves d’un collège de Bobigny. L’exemple est caricatural mais au-delà des jérémiades sur la financiarisation, il illustre « l’interdettependance » généralisée, résultat et moyen de la restructuration. Ainsi du crédit socialisateur du capital à la socialisation à crédit, le taux d’intérêt participe de la confusion générale des causes et des effets (écologiques et sociaux) : dans la « belle totalité » actuelle, un tsunami japonais se répercute jusque dans les cantines scolaires.

                                                

     La restructuration se décentralise

    La faillite de Dexia et la probable mise sous tutelle des collectivités locales que cette banque a contribué à surendetter, tout comme les séries de mesures de rigueur prises par les régions espagnoles (« Le parti populaire a sorti la tronçonneuse pour couper à ras dans l’Etat providence » a récemment dénoncé le porte-parole du gouvernement espagnol) ,ou les Etats américains, montrent que  la décentralisation de la restructuration est en marche. Ce qui avait été préparé par des transferts massifs de responsabilités se répercute en coupes sombres avec arbitrages à géométrie variable. Là encore, rien de bien nouveau puisque c’est par la quasi mise en faillite de l’Etat de New york en 75-76 que commença le rabotage massif du welfare aux Etats-Unis.

    Tactiquement on disperse les premiers ajustements dans le secteur public, telle que cela a déjà été commencé à travers les partenariats public-privé qui permettent tout à la fois de masquer les dettes et de supprimer des fonctionnaires territoriaux aux statuts trop contraignants. Et avec la désindustrialisation (les derniers hauts-fourneaux de Lorraine et de Belgique sont en train de fermer), on peut subodorer que la multiplications des statuts (de la zone franche à la zone économique spéciale ?)  va sournoisement se poursuivre sur le mode du dumping social, telle qu’il existe d’ores et déjà aux Etats-Unis. Toutefois, c’est à ce petit jeu que la Chine est en train de se brûler les doigts, la concurrence entre collectivités locales pour attirer les investisseurs à coup de construction de bureaux bute sur les nombreuses résistances aux expropriations, un endettement là aussi endémique et d’aucuns crient à la bulle immobilière. Le remodelage de la géographie de l’exploitation réserve encore bien des surprises.

     

    (Dé/re)territorialisation

     « En 1954 aux USA, Mr Malcolm Mc Lean exploitait des camions semi-remorques entre New-York et Houston, traversant huit Etats dont les réglementations routières étaient différentes. Pour y échapper, il eut l’idée d’embarquer ses semi-remorques sur des navires pétroliers aménagés à cet effet. Le conteneur et le porte-conteneur venaient de naître. » ( Bertrand Gilles in Histoire des techniques) De nos jours, un autre Mr Mc Lean pourrait se contenter de faire travailler des chômeurs de Georgie pour 1 $ de l’heure, d’acheter des droits à polluer en Californie et de placer son argent dans le Delaware. Mais cela il le doit à son prédécesseur, qui en voulant se soustraire à des espaces différenciés de législation a, plus qu’un procédé technique, inventé un art de l’évitement qui, de paradis fiscaux en pavillons de complaisance, caractérise, comme on le sait, la mondialisation du capital. Et la dérégulation en retour dessinait et dessine d’autant plus dans la crise actuelle, la radieuse perspective d’un retour « au bercail » (la conteneurisation semble d’ailleurs entrer dans un cycle de rendements décroissants).   


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