• Notes à la marge du « moment espagnol » (3)

     

    Interdettependance nationale…

     

    La renationalisation de la dette souveraine espagnole (la part des détenteurs non-résidents est passée de 50% en 2008 à 25% aujourd’hui) parachève le cercle vicieux entre Etat, régions et banques : ainsi, l’Etat vole au secours de banques qui sont elles-mêmes les principales acheteuses et détentrices de sa dette, d’ou le vice-versa accéléré entre crise bancaire et souveraine. Les facilités offertes aux banques par la BCE et les prédictions auto-réalisatrices des marchés et agences de notation ont bien sûr largement contribuées à cette nouvelle étape de la « crise de la zone euro ». Désormais, « l’interdépendance de tous envers tous » qui, dans la théorie institutionnaliste, se cristallisait dans la monnaie et s’incarnait dans la souveraineté populaire se transforme dans la zone euro, avec sa « monnaie sans souveraineté » (Orléan) et inversement, en « interdettependance nationale », dernier mot d’une distribution plus ou moins particulière des rapports sociaux.

     

    …et saut fédéral 

     

    Il y a belle lurette qu’on nous annonce la fin du vieux couple capital/Etat-Nation et l’émancipation définitive du premier des conditions historiques et territoriales spécifiques, bref des lutte de classes locales et de leurs résultats. La fin du vieux système monétaire international et les diverses levées de barrières  (Marché Commun, OMC, etc.) ont d’ores et déjà grandement vidé de leur sens les « aires nationales d’accumulation » (Cf. la définition qu’en donne Théorie Communiste : « Là ou il y avait une localisation jointe des intérêts industriels, financiers et de la main d’œuvre »)[1]. Maintenant certains craignent justement que le « saut fédéral » dont on nous rebat les oreilles, ne signent l’arrêt de mort des compromis sociaux nationaux[2]. Or le ver était dans le fruit puisque ce sont bien ces compromis maintenus à flot par la perfusion de crédit et l’endettement public qui sont au cœur de la crise et ce sont les comptes de trois décennies d’entre-deux qui doivent être apurés. Interdettependance nationale et saut fédéral sont deux moments complémentaires de la restructuration de la contradiction prolétariat/capital.

     

     

     

    A suivre : Bien crevé vieille taupe ?

     

     

     


     
     
     

    [1] Sur le même thème on peut aussi se reporter à la thèse de « la péréquation duale du taux de profit » que développe Bruno Astarian dans son texte La période actuelle (disponible sur le site de la Matérielle) : « Une partie croissante de la production est assurée par des oligopoles multinationaux, tandis que la situation des capitaux nationaux est de plus en plus difficile. En effet, et indépendamment des effets de taille, cette structure duale signifie que la plus-value mondialement disponible ne se répartit plus entre les capitaux dans un processus de péréquation unique, mais selon un mouvement double où les capitaux du secteur ouvert sont systématiquement défavorisés par rapport à ceux du secteur oligopolistique. C'est ce phénomène qu'on appelle ici péréquation duale. »

     

     

     
     
     

    [2] « Le fédéralisme devrait-il s’appliquer à la protection sociale ? Celle-ci en Europe comme ailleurs (y compris les Etats fédéraux), dépend de compromis sociaux institutionnalisés dans un contexte national. Elle se définit dans un espace fermé, historiquement celui de l’Etat-nation, où sont inscrits les liens de solidarité et de redistribution qui la caractérisent et où sont établis les compromis politiques qui la fondent. Que pourrait signifier le fédéralisme pour la protection sociale en Europe ? On peut s’attendre à ce que le fédéralisme intensifie les clivages ethniques, linguistiques, régionaux ou religieux et diminue en revanche l’importance des clivages de classe qui a été fondamental pour l’émergence et la stabilité d’un système généreux de protection sociale dans les pays européens. » Bruno Amable Les dangers du fédéralisme Libération 07/12

     
     

     


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