•  

     

     

    Cette « coïncidence » a peut-être été notée ailleurs mais elle mérite qu’on y revienne : au moment même où était examinée au parlement la réforme de la justice des mineurs, des députés UMP déposaient une proposition de loi sur le développement de l’apprentissage des jeunes. D’un côté, on votait la mise en place de la comparution immédiate et le placement en centre éducatif fermé dés 13 ans et de l’autre on préparait le retour de l’apprentissage dès 14 ans couplé à l’assouplissement de la législation sur l’utilisation de machines dangereuses par des mineurs dans l’entreprise. L’énième réforme de l’ordonnance de 45, la douxième en dix ans, alignant cette fois franchement la justice des mineurs sur celle des majeurs trouve donc son complément dans la fin des circonvolutions diverses (programmes « clipa », « dima », « apprentissage junior ») pour en finir avec la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans.

     

    On pourrait bien évidemment geindre, à l’instar des juges et éducateurs qui en vivent, sur la fin du régime préventif, mais ce qui nous intéresse c’est la cohérence entre rognage de l’intermédiation éducative et retour de la prison comme « premier recours » pour les mineurs. La convergence dans l’abaissement des majorités pénales et infra-salariales résume bien les principes actuels de la gestion de la future force de travail non qualifiée : par un contrôle précoce et tatillon (Du « dépistage d’asocialité » au « Dossier unique de personnalité ») ne laisser d’autres alternatives qu’entre intégration à minima et ségrégation définitive.

     

    On sait que l’assentiment à ces réformes a notamment été préparé par les divers cris d’orfraies, politiques et journalistiques, au sujet de la violence scolaire. Comme le notait le groupe TPTG dans son texte Sur quelques luttes dans l’éducation en Grèce : « Dans la mesure où l’enseignement public s’est approprié et a intégré des fonctions qui étaient historiquement accomplies par d’autres institutions sociales (la famille, la communauté ouvrière, l’atelier, la corporation), tous les conflits sociaux et les contradictions se manifestent sur son terrain. »  Or, et on peut y voir là une conséquence des diverses luttes lycéennes en france comme ailleurs ces dernières années, c’est à un déplacement du terrain de l’encadrement et de l’affrontement hors de l’école que l’on assiste. Certes, il ne s’agit dans un sens que de l’avalisation juridique d’un régime de « désocialisation » spécifique de la jeunesse pauvre existant depuis longtemps (voire toujours) dans les faits mais là où apaches et blousons noirs restaient étroitement liés au monde ouvrier dont ils étaient issus, les lascars d’aujourd’hui vivent dans une relégation qui donne a la vieille alternative « travail ou prison » un sens nouveau.

     

    Cette relégation qui a participé, au même titre que l’accession à la propriété dans les zones pavillonnaires, à la dispersion des collectifs ouvriers et la disparition d’une certaine identité de classe, suppose d’en venir à une logique de ghetto-reserve de main d’oeuvre qui puisse coupler « exploitation de la force de travail et ostracisation sociale d’un groupe paria. » (Loick Wacquant in Punir les pauvres).  Mais comme l’a montré l’annonce plus ou moins différée de la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay-sous-bois, usine où ont été embauchés de nombreux jeunes des cités qui sont, pour certains, vite devenus des militants syndicaux combatifs, le patronat hésite fortement à puiser dans ce vivier si ce n’est sous la forme d’un intérim de pur ajustement et surtout, 2005 l’a prouvé, il faudrait briser une combativité bien vivace pour réellement créer de « l’employabilité » à cette marge.

     

    Au croisement du Workfare et de l’Etat pénal, cette coïncidence législative n’est qu’une tentative de plus de donner une cohérence à la dés-intégration de pans entiers de la force de travail, à la fuite du capital face à un travail un peu trop vivant. Et, au moment où chez les hypersocialisés  triomphe un jeunisme obsessionnel, « la plus belle jeunesse » ira, quant a elle,  pourrir en prison…

     


    votre commentaire
  •     

    En attendant notre première publication « papier » :  Politique monétaire, lutte des classes, prévue pour la rentrée,  il nous a semblé intéressant de sacrifier un peu à la vogue numérique afin d’analyser régulièrement le nouveau « haut et cours»  dans les métropoles. Sans tomber dans les commentaires par à-coup, ni prétendre élaborer tout de go une théorie unitaire, nous voudrions participer à l’élucidation du tournant dans le mode d’exploitation et de subordination qui est en train de se vérifier à travers les curées d’austérité et autres étrillages de rigueur. Bien sûr, parler de restructuration « sans fin » signifie inscrire les involutions actuelles dans leur histoire c’est à dire la lutte des classes : les 30 ans de contre-révolution qui ont suivi la défaite prolétarienne des années  70 mais aussi la reprise, dispersée, timide mais réelle au tournant 2000.

     

       Toutes les analyses qui suivent n’engagent que les Séditions Asymétriques.

     

     

     

     

     

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique